Budget des Médias – Explication du vote

Monsieur le Président,
Monsieur le Ministre,
Mes chers Collègues,


Un rendez vous budgétaire, a-t-on coutume de dire, est toujours un moment de vérité. Il traduit des choix, marque des volontés. Les crédits de la Mission « Médias » et du compte spécial « Avances à l’audiovisuel public » de ce projet de loi de finances pour 2007 en sont la parfaite illustration. Oui, mes chers collègues, à l’actif de ce gouvernement, les députés socialistes reconnaissent le mérite de la cohérence. Oui, les propositions budgétaires que le gouvernement nous demande d’approuver sont en parfait accord avec son incapacité à prendre la mesure des enjeux auxquels sont confrontés la presse écrite et l’audiovisuel public. Comment, en effet, ne pas être saisi par ce manque criant de volontarisme face aux difficultés que rencontre ce secteur aujourd’hui en pleine mutation ? Comment, en effet, ne pas déplorer l’absence totale de réponse face à des changements profonds qui, si nous n’y prenons garde, risquent de porter atteinte aux principes de pluralisme de l’information et d’indépendance des médias auxquels nous sommes tous ici particulièrement attachés ?
A l’heure où, plus que jamais, l’audiovisuel public, a besoin, face aux défis posés par la révolution numérique, de voir ses moyens d’action renforcés, nous exprimons une vive inquiétude quant à l’avenir que vous nous proposez, Monsieur le ministre.

Sous prétexte d’adaptation technologique, le projet de loi relatif à la télévision du futur, qui va être examiné au Sénat, aura pour conséquence de concentrer dans les mains de quelques puissants industriels, les chaînes de télévision, les programmes et l’information. Toute ressemblance avec la loi « Gasparri » de 2004 en Italie dont l’objectif affiché était de renforcer le pluralisme mais qui, en réalité, n’a fait que renforcer la position de Médiaset, groupe détenu par Silvio Berlusconi, ne saurait être fortuite. TF1, Canal+ et M6 vont pouvoir bénéficier d’une nouvelle chaîne « bonus » lors de l’extinction de leur signal en analogique. Et, comme si cela ne suffisait pas, un autre cadeau est fait à l’ensemble des groupes audiovisuels privés éditeurs de la TNT qui consiste à leur donner une priorité pour l’obtention d’une autorisation d’émettre en Haute Définition ou en Télévision Mobile.
Face à la révolution numérique, les défis qui attendent le service public sont colossaux. Or, ne risque-t-il pas demain d’être marginalisé ? Rien n’est certain sur ce point tant la stagnation du montant de la redevance audiovisuelle – qui est une des plus faibles d’Europe – empêche, depuis quatre ans, toute possibilité d’évolution des ressources de l’audiovisuel public. Cette année encore, les ressources publiques n’augmentent que très faiblement (+0,7% en euros constants) alors que les ressources propres augmentent, elles, de 3,6%. Cela ne peut conduire qu’à faire la part trop belle aux recettes publicitaires et à la course à l’audience. La qualité a pourtant un prix. Or, quelle place le service public occupera-t-il s’il n’obtient de sa tutelle que des moyens lui permettant de survivre ? Aura-t-il les moyens financiers de réaliser sa mutation en Haute Définition et, surtout, pourra-t-il rester une véritable alternative pour les téléspectateurs ?

Nous exprimons pareille inquiétude sur l’avenir des radios publiques. Depuis trois ans, l’augmentation des moyens alloués à Radio France s’explique principalement par la dotation accordée pour les travaux de la « Maison de la Radio ». La marge de manœuvre est donc insignifiante. Comment, dans ces conditions, le premier groupe radiophonique français peut-il maintenir son rang face à la concurrence des radios commerciales et étendre la diffusion de la FM, déployer la radio numérique ou encore développer des chaînes thématiques ? De même pour Radio France Internationale qui devra, avec un budget diminuant de 3%, poursuivre la numérisation de sa production engagée depuis 2003 et développer son offre sur Internet.

Le secteur de la presse écrite est, lui aussi, en pleine mutation. Cette année, pour la première fois, Internet a dépassé les journaux et les magazines comme principal fournisseur d’informations aux lecteurs européens. C’est particulièrement vrai pour la France, où la presse écrite traverse une crise de grande ampleur. Les exemples de France Soir, de L’Humanité ou encore de Libération sont malheureusement là pour illustrer ce déclin du lectorat et les difficultés que connaissent nombre de titres historiques à trouver un second souffle pour garder leur place dans un marché remodelé par l’introduction des journaux gratuits et d’Internet. La presse nationale d’information connaît une baisse de son chiffre d’affaires de près de 4% quand, dans le même temps, celui de la presse gratuite enregistre une hausse de 5%.

Alors, là où il aurait fallu engager un effort considérable pour sauver la presse d’information quotidienne et pour garantir aux citoyens un véritable pluralisme, le gouvernement préfère diminuer les aides. 177,94 millions d’euros pour 2005, 172,33 millions d’euros pour 2006, 164,58 millions d’euros pour 2007, le montant global des aides directes à la presse, hors AFP, ne cesse de diminuer. Près de 10% en 2 ans. Là où il aurait donc fallu un véritable plan Marshall en faveur de la presse écrite, vous préférez prendre malheureusement le risque, Monsieur le ministre, de donner réalité à la triste prédiction de Ray Bradbury qui, dans ce chef-d’œuvre du roman d’anticipation, Fahrenheit 451, prévoyait le pire : « Je me souviens des journaux qui mouraient comme des papillons géants (écrivait-il) On n’en voulait plus. Ça ne manquait plus à personne ». Le pire, les députés socialistes ne peuvent – et ne veulent – s’y résoudre. Et, c’est la raison pour laquelle nous présentons un amendement visant à ce qu’un effort significatif de 16 millions d’euros soit engagé en direction de nombreux titres de la presse quotidienne, Libération, L’Humanité, France Soir et La Croix notamment.

Vous l’aurez deviné : le groupe socialiste votera contre ce budget.