Communiqué de Patrick Bloche, Michel Françaix et Didier Mathus sur l’avenir du service public audiovisuel
Alors que l'avenir du financement de l'audiovisuel public est en jeu et par là-même le devenir des 11 000 salariés de France Télévisions, Nicolas Sarkozy a fait aujourd'hui, à l'occasion de la remise du rapport Copé, le choix d'enfoncer des portes ouvertes, entre dictature supposée de l'audimat et refus du ghetto audiovisuel. Cette communication qui s'apparentait à une discussion de café du commerce a vite tourné à la fuite en avant par l'annonce brutale d'une suppression de la publicité à partir de 20 heures dès le 1er janvier prochain, au mépris des règles les plus élémentaires d'élaboration des programmes audiovisuels et ce contrairement aux préconisations de la Commission Copé.
A l'arrivée, le compte n'y est pas! Alors que la redevance est l'un des deux fondements historiques du financement de l'audiovisuel public, le Président de la République s'est payé le luxe de ne pas même l'évoquer. La taxation annoncée de l'effet d'aubaine publicitaire des chaînes privées, qui ne rapportera que 80 millions d'euros, comme celle des opérateurs de téléphonie et des FAI ne compensera pas le manque à gagner, d'autant plus qu'a été exclu le recours à des ressources budgétaires.
Par ailleurs, Nicolas Sarkozy s'est livré à des développements étonnants sur l'introduction d'une clause d'intéressement pour les producteurs audiovisuels, qui paradoxalement pourrait conduire, pour des raisons budgétaires, les dirigeants de France Télévisions à souhaiter que fictions et documentaires ne connaissent pas un succès d'audience!
La dotation en capital de 150 millions d'euros, qui n'est toujours pas versée, a été annoncée de manière triomphale comme une première en oubliant seulement de rappeler qu'il s'agit ainsi de compenser le manque à gagner des ressources publicitaires de la seule année 2008. A cette occasion, le Président de la République s'est inventé un procès qui lui serait fait de vouloir privatiser France Télévisions, ce qui est la dernière chose que souhaite TF1 et donc ne saurait être le fait d'un ami de Martin Bouygues.
Sur la gouvernance de France Télévisions, le Président de la République porte un coup grave à l'indépendance des médias puisqu'il prévoit à l'avenir de nommer lui-même le Président de France Télévisions après avis d'un CSA dont on connait aujourd'hui la composition monocolore.
En comparant France Télévisons et le Moyen-Orient, Nicolas Sarkozy a sans doute voulu rappeler qu'il a lui-même allumé une mèche au début de l'année qu'il n'est pas arrivé à atteindre aujourd'hui. Plus que jamais, la réforme prétendument historique de l'audiovisuel public n'est là que pour masquer les multiples cadeaux faits récemment aux chaines privées : chaines bonus, annonce de la 2ème coupure publicitaire, augmentation du volume horaire de la publicité, allègement des seuils de concentration et... transfert des ressources publicitaires de l'audiovisuel public.
Plus que jamais TF1 l'a rêvé et Sarkozy l'a fait !





